Cris de la rue     ou     l’art crie la rue

 L’art de la rue, ces « peintures » variées que chacun peut voir dehors, sur les murs, les portes de garages, ou tout simplement là où une surface encore vierge les accepte pour un temps relativement court, je dis et je le clame : l’art crie. 

    Par cet art je fais état de tags, graffitis, affiches ,pochoirs fresques murales et autres formes d’art qui depuis quelques décennies s’élaborent, se colorisent et s’enrichissent grâce à l’élaboration de techniques nouvelles. On connaît les bombes, les aérosols, outils indispensables pour jeter sur des espaces trop nets des mots et des images afin d’élaborer des « tableaux de rues » dont l’immensité les rend impossibles à ignorer, qu’en est-il, aujourd’hui de cet art de la rue, l’art de tout le monde ?

  Le Street Art ne renie pas ses origines,  plutôt ses influences variées, on pense  au Pop Art, à l’Art cinétique, à  Fluxus, au Nouveau Réalisme … à tous les mouvements tenant compte de la lumière, de la publicité, de la bande dessinée,  de la mode  et de tout ce que la société offre au quotidien, souvent de façon éphémère. L’Antiquité et le Moyen-Age ont laissé de nombreux exemples de graffitis, l’agora d’Athènes ( graphein  c’est écrire ou  dessiner) la Vallée des Rois ,Ephèse et ses  graff-publicités , les caravansérails arabes , les catacombes romaines, les Runes…sans oublier Pompéi  qui, recouverte par les cendres du Vésuve nous offre la possibilité de lire des graffitis  vieux de deux millénaires.  

  Pour mieux comprendre les murs qui  interpellent, il faut connaître deux « faits » riches d’intérêt:  En 1941, l’ancien ministre belge, réfugié à  Londres,  demanda à ses compatriotes de graffiter  « V »   pour victoire et liberté  (en flamand : vrijheid) et on a eu la surprise de voir un peu partout des « V » dessinés, peints ou gravés …  plus tard en 1944  quand les troupes alliées progressaient difficilement vers Paris un G I écrivit sous la tête d’un personnage au gros nez « Kilroy was here » , cette inscription  mythique et collective devint signe de victoire. On n’ignore pas que les graffitis,  en signes revendicateurs, ont été présents à travers les âges dans les écrits, les bandes dessinées sans oublier les jeux ; Dans l’Exode, Moïse marque avec du sang d’agneaux les habitats des premiers-nés Egyptiens ,Ali Baba, l’aventurier voit sa maison marquée d’une croix par un voleur, La MarqueJaune est un graff très particulier avec lequel les criminels signent leurs méfaits et, au cinéma un M est écrit à la craie sur le dos de  M le maudit ; au sein  des jeux  le graffiti est évidemment très prégnant : The Wall avec ses graffitis couvrant un mur d’une ville virtuelle fait appel à des dessins collectifs , les meilleurs servant à construire une immense  fresque ; certains jeux, mettent en scène les graffiteurs eux-mêmes,« Subway Surf »montre un tagueur-joueur poursuivi dans le métro  …indéfiniment !

      En 1952, Guy Debord citant Rimbaud, demandait « Ne travaillez jamais » lui a beaucoup marché, bu, écrit, tourné des films…  mais était-ce du travail ? Guy Debord était un fat snob, un stratège d’une guerre de mouvements contre les faux-semblants des mécanismes pervers de la société moderne. En 1960, publiant Le Livre du GraffitBrassaï accordait à ces derniers le statut d’art, une forme d’art brut primitif ( Picasso y participa). Un des premiers graffeurs des débuts de l’ère-graffiti est un jeune coursier d’une quinzaine d’années qui, dans les années soixante signait sur les murs de New York sous le nom de Taki 183 ; c’était un simple tag : une signature, son « blaze » : « je me surnomme Taki et j’habite la 183° rue », Tracy 168 et d’autres jeunes voulant acquérir un peu de « Fame » firent de même. Dans les années 70 les graffeurs ont tagué dans les métros, dans les trains, sur les toits, ils ont investi beaucoup d’endroits illégaux, le Street Art était la voix de la masse criant haut et fort ou son mécontentement ou son assentiment. Dix ans plus tard, l’âge d’or du graffiti met en scène des tagueurs  aux airs de gentlemen charmeurs, Jean-Michel Basquiat sous le pseudonyme de  Samo  (Same Old Shit ) sème ses graffiti colorés aidé d’un Keith Haring  qui détourne à la craie les affiches publicitaires, leurs œuvres dénonciatrices ont attribué une légitimité au tag , littéralement simple étiquette (en anglais).

En même temps grâce à l’affinement des techniques, les graphistes, taggueurs et autres streetmen ont transformé leurs « écrits visuels » en projets grandioses sur des pages particulières, et ont conquis de nouveaux territoires au sein du monde de l’art… alors, place aux Street Artists !  

    Actuellement la pixellisation envahit les villes, des petites mosaïques aux couleurs du Rubik’s cube sont cimentées sur des murs dans toutes sortes d’endroits : on est face à une démarche d’échantillonnage  proche de celle d’un hacker, selon les dires de l’artiste français Invader,  lui qui a propagé illégalement un virus au cœur du « système artistique des rues » via son réseau de Space Invaders. Originaires du japon des mosaïques pixellisées  représentant des personnages d’un jeu vidéo conçu en 1972  par Tomohito Nishikado de la société de Taito , ont « contaminé » agréablement » notre espace public visuel par la simple transposition du jeu vidéo dans la réalité ; ce jeu s’est développé sur des bornes d’arcades, sortes de tables dont certaines, très recherchées par des fans, portent le nom alléchant de « cocktails ». Les Space Invaders dont les couleurs d’origine, celles de la dualité humaine le noir et le blanc, se sont colorisés tout en se développant  sur ordinateurs  en 1980 ( le premier fut un Atari 2600) ; ces ordinateurs  furent des intermédiaires pour  les introduire au sein de l’univers des familles. De nombreux « Space’s clones » virent le jour (Space Attak, Space King, Space invasion…) et  le dernier nom retenu pour sortir sur la play station 2, celui de « Taito Legends » fait hommage au  pays d’origine de ces petits « personnages en mosaïque ». Tous reflètent les médias de leur époque : La Guerre des Mondes, Stars Wars, Aliens, Super Mario. Tom Raider…et si dès 1990 le français Invader , l’anonyme au visage pixellisé ou masqué, détourna le jeu, ce fut  pour nous offrir ses propres icônes, des créations de pixels. Son premier Space, implanté à Bastille, est aujourd’hui un palimpseste fossilisé enduit des sédiments de la ville. Ses personnages  ont tous colorisé la banalité des murs, ceux du Louvre, de Beaubourg, de la Générale cette coopérative d’artistes du XI°.  Aux USA, Invader a incrusté ses mosaïques sur les lettres d’Hollywood, et, assez rapidement  il a réalisé des tableaux de grande taille tel celui de « Pac-Mac » de 6m sur 4m .A Paris, sur le Point Ephémère cet espace d’exposition du X°  il a posé un Rubik’s cube de 3,50 m de haut sur 5m de large : le plus grand Space français.

     Les murs, nos murs sont donc de plus en plus gonflés de magie primitive, celle que nous portons en nous, et je me sens devenir prosaïque en osant vous proposer de rendre visible l’inconscient collectif ( ne vous vexez pas Freud, Jung, il est tellement relaxant de pouvoir dévoiler à tous un inconscient coloré ! ).Nos murs , ceux que moi, je déclare « intéressants »  explosent de toutes parts, de toutes nos parts cachées,  celles de nos rêves, celles de concepts que les peintres, même les plus grands, osaient et osent à peine dévoiler au jugement du peuple. Il est question de fresques bizarres, sans unification et sans motif cadré, assez éloignées toutefois de l’abstraction qui, même de façon voilée, a toujours voulu  « montrer » une ou même plusieurs visions du monde ; Si les clignements de nos yeux les cherchent encore et souvent ces visions,  elles sont bien là, à la façon des idées dans un « au-delà » platonicien. 

  Nos graphistes de rues ne peignent pas abstrait, Fernand Léger disait à juste titre « Figuratif ou abstrait, peu importe si c’est bon » alors si les dits des tags nous semblent parfois « dérisoires » ils existent et nous racontent, là au sein de ces ensembles peints. Jeter la couleur, bomber ou simplement griffer les murs, ce ne sont ni des évidences ni des facilités : les murs peints sont des paradoxes qui séparent trop souvent les individus leur proposant à la fois le ciel et l’enfer. C’est volontairement que j’emploie des termes qui dès l’enfance s’agitent au fond de nos « âmes » ; les notions de bien et de mal, nos parents nous les ont montrées du doigt faute de nous les expliciter plongés qu’ils étaient dans un « bon sens » trop populaire  .

    En 1968 les murs ont parlé, ils ont osé clamer à tous ce que chacun aurait voulu faire sans en avoir le droit : en « interdisant d’interdire » ils aéraient des monuments et des lieux devenus magiques ; ils satisfaisaient les révolutionnaires  de l’époque en ces temps bouillonnants où tout était clair, sans doute trop clair si l’on croyait vraiment à l’abolition des classes sociales. Avec ses images en noir et blanc et avec la couleur, aujourd’hui numérique, l’homme évolue, devient de plus en plus complexe et manque de ce « supplément d’âme » bergsonien ou  d’un organe susceptible de savoir lire les œuvres peintes ou de simples tags.  Alors les jets colorés, ces faisceaux de peinture, ces mélanges audacieux, ces formes si facétieuses  soient-elles, sont les formes d’un cri primal qui enfle sur la place publique  et s’écoute avec beaucoup de retenue même si certains trouvent bon de dire : c’est « n’importe quoi ». En formulant ces termes  négatifs, la foule chuchote sans le savoir : » les murs crient, ils crient l’art se trouve partout, là où de célèbres critiques eux-mêmes  ne reconnaissent pas ce qui relève, en partie au moins, d’une certaine forme de « beauté ».

   L’art de la rue est un art de signes-couleurs plus difficile à comprendre que celui des signes-mots . Très jeune, on apprend à lire les lettres, puis on lit et relit des livres variés or, l’on omet d’apprendre à lire les couleurs dans leur finalité intrinsèque. Reconnaissons qu’à chacune des couleurs on associe avec grande aisance des sensations voire des sentiments : « rouge-passion » et nous voici offrant la rose à l’aimée de toute une vie sans oser nous appesantir sur le « jaune-cocu » , retenons le « bleu-sage » relié à la couleur de l’uniforme de notre pension et le « blanc-pureté » de la robe des baptisés, des communiants ou des mariés…. Concédons donc aux couleurs l’invention d’un abécédaire bien particulier quoique bien ignoré et souhaitons de pouvoir saluer des « néo-Rotko » au sein « d’actions painting » éclairées par cette citation de l’artiste  lui-même: « je ne suis pas un coloriste, j’utilise la vie intime des couleurs ».

   Il est évident que nous entrons dans un environnement inhabituel et surtout dérangeant où, originaires du ludique, complexité et simplicité  se mêlent étrangement ; des « presque chefs-d’œuvre » dans lesquels angoisse et humour voisinent avec une facilité déconcertante ne peuvent qu’attirer l’œil, celui du maître tout comme celui du commun des mortels. Leur valeur intrinsèque réside dans un  graphisme peu répandu, des sujets  qui ne sont pas ceux d’un maître et sont à priori, éloignés de notre inconscient collectif voire individuel ; fait important, la sexualité à peine abordée entraine une nouvelle lecture de notre monde, lecture essentielle  pour un voyeur, celui qui par une attirance et un regard attisés, découvre des nouveautés dans le paradigme des tableaux de rues. Les rues peuvent s’enorgueillir de vastes fresques mêlant jets de bombes, affiches, publicités détournées, pochoirs…  

   Ces travaux, œuvres de peintres peu ordinaires se retrouvent dans des endroits souvent méconnus ; de plus en plus prégnants et dans nos villes et dans nos banlieues ils ne restent pas là où les bombeurs les créent. les graffitis muent et mutent, sortent des villes, vont vers les centres commerciaux,  osent affronter des bleds sis dans une brousse bizarrement ouverte aux nouveautés :  au sein de leurs déplacements ils acquièrent un statut autre que celui de l’œuvre d’un musée .Aussitôt une question essentielle se pose, je la reformulerai plus bas  tant il est difficile d’y répondre : trouveraient-ils leur place dans un musée ces nouveaux travaux… nos murs graphités ne sont-ils pas chez eux « dehors » ? Dehors, ils envahissent souvent de façon éphémère, les murs construits eux aussi pour une  durée éphémère  ( celle de travaux) , les portes de garage, les pans de murs proches des toits , les ponts , bref les streetmen peignent graffitent, travaillent solitaires ou en groupes  là où une place les interpelle.      

   Une majorité pense : graffitis = murs salis ( c’est malheureusement trop souvent le cas ) et l’on inflige  à certains petits voyous la tâche de les effacer ces graffitis ; il est d’ailleurs assez jouissif de songer qu’après leur travail d’intérêt général,  certains de ces «jeunes punis » s’empressent d’aller « taguer les murs » de façon  plus ou moins  agréable, la leur,  car ils ont le besoin d’écrire « Je tag donc J’existe ». J’évite de galvauder le terme «  beauté », pourtant, c’est à l’adjectif beau que je me permets d’ajouter le plus ou le moins…tout en songeant, nos murs pourront bientôt se présenter à nous comme des chefs-d’œuvre , des éphémérides souvent effeuillées par les doigts de l’anonymat . Baudelaire, notre symboliste visionnaire a écrit dans Les fleurs du Mal  le Beau peut être laid ». Il attribuait en tout homme, à tout instant « deux postulations, l’une vers Dieu, l’autre vers Satan » d’où le nom du recueil : Spleen et Idéal. Dans son poème Hymne à la Beauté,il réussit avec brio la fusion esthétique et du ciel et de l’enfer:

« Tu contiens dans ton œil le couchant et l’aurore ;…

Sors-tu du gouffre noir ou descends- tu des astres ?…

Tu marches sur des morts Beauté dont tu te moques ;

De tes bijoux l’horreur n’est pas le moins charmant

Et le meurtre parmi tes plus chères breloques

Qu’importe, si tu rends… L’univers moins hideux… »

   Les graffitis, tags, pochoirs,  murs peints, L E D… portent en eux l’instantanéité qui leur octroie un caractère attrayant où suinte un interdit que l’on risque de ne pas voir si l’on ne sait pas regarder, dans ce cas, « on s’interdit » de les aimer ces décors de rue. Nous pouvons tous les voir ces créations, sans nous attarder comme devant les tableaux de musée et, sans connaissance particulière s’esquisse en nous la conscience collective d’une époque, notre époque ; ainsi je pense que les voyeurs, souvent avec le regard de leurs appareils photographiques  construisent un « autre-musée », un musée que l’on retrouve actuellement dans certaines revues, sur internet et ses blogs méconnus entre autre celui d’Invader.

   Si nos années créent un musée innovant, il sera , c’est ce qui se pense trop souvent, un anti-musée ; moi, je ne sais quel nom sera retenu dans quelques décennies par les jeunes curieux devenus mûrs et par leurs parents devenus des aïeux ; tous seront riches de souvenirs, ceux des murs peints et repeints au cours de multiples  perspectives, ceux des graphismes des palissades en perpétuelle évolution, ceux de tous les espaces d’extérieur offerts aux jets de couleurs voluptueuses , offerts bien sûr à tous les yeux dont la curiosité un jour s’en est satisfaite un peu, beaucoup ,peut-être même passionnément… Je tiens à partager avec le rappeur Mystik  les mots que chante son récit « ce n’est pas ce qui est beau qu’on aime, c’est ce qu’on aime qui est beau ».        

   Les premiers artistes du Street Art dont je ne cite ici que quelques représentants, Jef l’aérosol , Blek le rat, Speedy Graphito, le groupe Banlieue-Banlieue, Mesnager, le groupe VLP, Miss Tic, les frères Ripoulin, Les Musulmans Fumants, Nemo …. ont permis l’arrivée d’Invader , de Zevs  puis d’André dit Mr A avec ses personnages roses les « Love Graffitis » à l’asymétrie des yeux, l’un étant rond, l’autre en croix. Tout comme les cubistes côtoyaient les impressionnismes, les artistes urbains créent en orchestration, ils exposent tous dans une même galerie : La Rue. Ainsi  par des exhibitions, des films, des vidéos… le Street art est partout ! Quitte à s’affranchir des règles et des lois communes, il naît de la volonté d’expression d’une génération et s’ils s’éloignent  d’un Deleuze ou d’un Sartre qui pensaient le collectif en écho au marxisme, nos artistes de rues situant aujourd’hui leur boite à outils dans un ultra libéralisme, ouvrent à leur art la porte de la majorité, celle d’un art reliant avec fraicheur le XX° et le XXI° siècles.

   Pour offrir un aperçu plus large de cet art et ses traces d’une minorité difficile à quitter,  obligation de citer Frank Fairey  cet américain, qui émergea de la scène skate en 1970 grâce à une campagne d’autocollants ; c’est l’utilisation de tabloïds humoristiques et surtout l’affiche « Barak Obama » effectuée  lors de l’élection du président en 2008  qui lui ont offert la célébrité. Parallèlement un autre Sreetman, à la fois cinéaste et peintre est un personnage mythique, un troubadour des temps modernes : si ses œuvres ont été vues à Londres, puis un peu partout,  dans des endroits bien divers tels des ponts et même des venelles, il a réussi à garder presque secrète sa véritable identité : se nomme t-il Rober Banks, Robin, ou Bansky ? Admettons surtout que derrière ce(s) nom(s) se cache un réel talent, au travers de satires et d’épigrammes subversives l’humour noir se combine à une bienfaisante irrévérence ; proche d’un Ernest Pignon-Ernest et de ses « Expulsés » avec valises ou leurs matelas , ses graffitis travaillés au pochoir révèlent un revendicateur impliqué dans beaucoup de faits sociaux, son premier film « Exit Through the Gift Shop »( Faites leMur )a été nominé en 2010 « oscar du meilleur documentaire ». Notons qu’il est le père d’un « rat anarchiste » tout comme le créateur d’une vision de Pulp Fiction«  deux hommes pointant deux bananes plutôt que deux flingues » . Parallèlement  il est intéressant de noter qu’Invader  s’est mis en duo avec Zevs , pseudonyme choisi en 1992  en hommage au R E R qui a failli l’écraser alors qu‘il graffitait ,  Zevs , prononcez Zeus, ne renie pas son acronyme car ses scènes de tags , de bombages… sont des Z(ones) d’E(xpression) V(isuelle) et S(onore) ; avec Invader il a donc formé un mini collectif « les (@nonymous) »  et aux mosaïques de l’envahisseur il répond par des surlignages ; après avoir bombé son blason monogramme, un nuage orageux d’où jaillissent deux éclairs,  il silhouette au sol d’un trait argenté les ombres des éléments du mobilier urbain. En 2010 tous deux s’allient avec André ,dit Mr A ou encore Le Baron A,  connu pours ses clubs  « Le Baron » , « Paris-Paris » et bien évidemment  pour ses « Love Graffitis » ses traits roses  déposés dans le monde entier, à Paris, à Tokio, à New York en passant par Londres. La triade ainsi formée travaille sur les murs de l’hôtel délabré « Le Diplomate » rue Oberkampf ( on la voit à l’oeuvre dans le film Faites le Mur ). Je note ici, ce n’est pas sans importance, que les outils de nos grapheurs s’améliorent toujours…  pinceaux, peignes biseautés, brosses à dents et au hasard, je pense au «  graff  l’OTR 048 », dont la pointe  fine et conique permet des tags fins et coulants ; Zevs, Alexöne Dixac et Mist,  entre autres, l’apprécient vraiment mais ce n’est pas suffisant pour expliquer l’intérêt d’une œuvre.

   Au passage du millénaire, une compilation de photos envoyées par les internautes  nous a offert « Zuman » un anti-héro avec   des interrogations ironiquement pixellisées , figuratives comme abstraites ; le groupe créateur V L P ( M Espagnon et J Cabaret) l’a collé sur les murs ( ex rue des Blancs Manteaux ) et aujourd’hui il se retrouve dans des galeries ( l’Espace Beaurepaire ). Après plusieurs constructions aléatoires en carton, en bois, Zuman « offre » à ceux qui le désirent, « de le téter » au sein d’une création au nom évocateur Aux Tétines de l’Art et leur permet, momentanément, de s’y sentir chez eux. En 2005 « Zuman Kojito » est devenu  un personnage de deux mètres de haut qui élira plus tard la galerie « Univers » sans quitter sa bulle dans laquelle on lit avec grand sérieux tout le doute sur l’état d’un monde , monde que Zuman aimerait bien voir changer.

    Finalement avec le Street Art, on est face à une globalité réflexive de toutes les techniques précitées ( tags, graff, pouring, pochoirs, vidéo…) face à une tribune libre d’artistes contemporains refusant de se fondre dans la masse pour performer sans tabous et sans limites tout en recherchant des  émotions fortes émanant des risques encourus dans la transgression de l’interdit. C’et pourquoi on ne peut omettre le Sticker-Art qui permet la publication d’images ou de messages via des autocollants ( stickers en anglais)  supports faciles à « coller » sans grand risque de se faire arrêter : on les trouve « partout » sur des motocyclettes, des voitures, des  poteaux, des murs…  C’est « un collage urbain » et grâce à la petite taille des stickers, leurs créateurs sont souvent en compétition : être le plus haut placé, voyager le plus rapidement possible, occuper le meilleur spot ( en 2000, Invader s’est permis d’en coller un sur le président Chirac lors de l’ exposition d’Art Contemporain ! ) . Certains « Stikmen » Jeff l’Aérosol,5t1k, RD01, Yaël, L’œil Obscur, Lutin …  forcent les passants au questionnement  alors que d’autres les provoquent : un  Clet Abraham a osé coller un Christ crucifié sur un  panneau « voie sans issue »… imaginez ce qu’ont pensé les italiens !

     La rue et ses espaces vierges est donc en proie à des techniques qui la transforment ainsi le Yarn Bombing, peu ordinaire et assez drôle en soi ; il consiste à  recouvrir de tricot, de crochet, de fil de couleur ou de dentelle, diverses poignées, du mobilier urbain tout comme des troncs d’arbres, des bancs…. La première intervention eut lieu à Londres et fut nommée « Knint the City » (tricote la ville) ; on la retrouve ailleurs, ainsi Montgeron petite ville de la banlieue sud-parisienne a basculé dernièrement dans ce Yarn Bombing avec une trentaine de participants qui, pelotes à la main ont voulu coloriser la banlieue.

    Plus récemment, le Street Art s’est enrichi en développant des curiosités encore plus  innovantes  ; aux mélanges « graffitis-vidéos » s’ajoutent des rubans adhésifs ; on nomme  « Duct Tape Art » l’utilisation de rubans souples et opaques, et « Brown Tape Art » le mixte de rubans et transparents et de couleur havane : un certain Max Zom a popularisé cet art par  des jeux d’ombre  disposés en accrochant ses œuvres aux lampadaires. En France, ZeM allie Brown Tape  et stencil,  tandis que Ange Tape, lui, joue sur la différence des couleurs d’un scotch translucide . Aux USA Aaskash Nihalani utilise  des bandes adhésives flashies sur des objets aux formes simples, on peut ainsi  s’asseoir sur un parallélépipède jaune et passer en vélo sous les bandes au rouge bien flashi  d’un simple quadrilatère :  nouveauté, il a eu l’idée d’insérer entre deux objets, des signes mathématiques , et ça marche ! 2 poubelles x 1 poubelle = 2 poubelles, c’est exact , alors  pourquoi ne pas s’ instruire un peu plus avec certains Tape Art  qui permettent de lire quelques mots sous forme de petits poèmes, des haïkus ! Dans un  domaine voisin il nous est possible de  personnaliser nos meubles en les assemblant avec des scoubidous très flashisants

    S’ensuit maintenant , une  question primordiale , que dire quand le Street Art iconoclaste par essence délaisse la rue où il est né et sort en quelque sorte  de l’illégalité pour entrer par la grande porte dans  les ateliers , les galeries ,  les institutions diverses jusque dans nos maisons. S’emparant des moyens d’expression  anciens ou nouveaux les supports d’intérieur différent des murs d’extérieur ; Les artistes reformulent leur « langage » et préservant spontanéité et singularité, ils sont reconnus pour leur talent et leur style encore audacieux, car s’ils ne bravent plus l’autorité ils ne perdent pas leur âme sur les cimaises impeccables qu’ils recouvrent en travaillant   

   Outre sur les murs dont certains sont très connus et cités dans le blog « Street journal » :  le mur de Gainsbourg qui est aujourd’hui  à « repeindre » , celui de  Jef L’Aérosol, celui qu’a « réjouit » la Rue des Pyrénées ,Les Frigos, Le Cyclop, Nemo et le ballon rouge… nos  graphistes, bombeurs, pochoiristes… utilisant les gouttes bien colorées  du  Dripping ou même les coulées du Pouring, ont été acceptés et vus à Beaubourg, dans  plusieurs  centres d’art contemporain, au sein des  Fondations privées,( Cartier, Pernod ) et  lors d’exhibitions où des objets en 3d sont installés  pour interférer avec l’environnement puis laissés sur place sans risque de dommage pour le site. C’est avec plaisir  que je me dois de parler des  « Les Bains Douches » dont les propriétaires avant rénovation ont permis à une vingtaine d’artistes du Street Art : Sambre, Invader, YZ, C215 ,Thomas Cantor avec  son kaléidoscope en 3 D  … et de « coloriser » les murs de tous les étages et de présenter ensuite leurs œuvres sur le Web. Fait positif on est  dans ce cas face à un retour aux sources devant des murs qui ont connu Proust, Warhol, Basquiat ! Alors si ces espaces d’exposition les ont « accueillis » favorablement ces Streetmen, parlons galeries, ne les ignorons surtout pas,elles  proposent à l’œil un intérêt autre que le flux et le reflux des investissements obligatoires à leur ouverture : en poussant leurs portes il nous est possible de découvrir de nouvelles « recrues » du monde de l’art.

    D’ailleurs les artistes  ne les ont pas négligés ces lieux « privés » : je cite la galerie Le Feuvre dans laquelle un JonOne garde les couleurs fortes de ses débuts, celles dont il ornait le métro de New York ; Alëxone Dixac nous entraîne  dans cette même galerie avec la gaité de son  « Alacrité » et Mist s’y fait connaître au travers  de son  acide « Hypothénuse » 

Je ne serais pas satisfaite si j’oubliais de citer, des « anciens » de cette galerie : le duo  Ella & Pitr, les « Papiers-Peintres » qui  mixent à merveille  extérieur et intérieur ;  utilisant du journal vierge  ils y posent leurs colosses endormis, des énormes oiseaux ou autres bêtes et,  à coup sûr ils redonnent vie aux murs qu’ils recouvrent ;  après un passage dans la galerie Flickr, aujourd’hui le couple se met en scène tenant à bout de bras un fragment de collage et se fait prendre en photo avec des passants qui reçoivent plus tard le cliché envoyé de Saint-Etienne où se situe l’atelier de ces  « Papiers-Peintres » ; ce couple suggère même à ces passants d’être pris en photo devant des affiches devenues  des cadres rivalisant avec du kitch le plus pur.  

       Mise à part les galeries Le Feuvre, Flickr ou les Bains,  d’autres espaces privés accueillent les streetmen  , citons  la galerie Onega dans laquelle ont exposé Blek le Rat, qui aime dire  « J’ai choisi le Rat en tant que symbole de l’environnement urbain », Mr Chat qui nous  offre les larges sourires de ses chats , Psychoze après avoir travaillé dans les catacombes pose  ses  graffs et ses peintures ses  combats pour la liberté d’expression sur des palissades et des murs. Aujourd’hui il reproduit l’ambiance urbaine sur des toiles, sa muse est vraiment  la ville . N’oublions pas la Galerie 208, centre de rencontres d’artistes internationaux, désireux de  montrer l’évolution de l’environnement, la galerie RX qui outre les lieux d’expositions  qu’elle propose de visiter propose son blog qui permet de découvrir les streeters ,  et offre aux artistes débutants un certain soutien. Il est important d’ajouter que toutes ces galeries possèdent évidemment, un site Web pour faciliter achats ou ventes et surtout faire connaître « qui  et où expose » ; ainsi l’espace Beaurepaire est un lieu d’exposition d’Artacq mais elle  n’oublie pas d’Avoir  un  blog , L’Atelier 29 offre ses  « live painting » ,miss Lili Tonnerre est célèbre par ses customisations de murs connus ( Hausman, Beaubourg), ses visions décalées de « Paradis Artificiels »  et des affiches en séries limitées accompagnant un  événement musical .D’autres galeries, elles ,ne sont que des sites, on peut se rendre sur leur  blog , y déposer ses réflexions, et  même acheter une œuvre que la poste se chargera de livrer ; il est aussi possible mais c’est difficile, d’importer une œuvre sur son blog personnel, sur un Pad ou sur le  google de Mac… ;  en peu de temps un curieux du Street « fait le tour des galeries d’art » sait ce qu’il peut s’offrir et  parfois, imprime  avec « plus ou moins de bonheur » des œuvres qui, à défaut de toiles ou d’affiches signées  orneront peut-être son  domicile.      

    Pour éviter à cet article d’être incomplet , ii est indispensable de cerner  les limites du Street, et de donner ses lettres de noblesse aux petits espaces,  ceux des objets qui font « entrer la rue dans nos intérieurs ». Déjà connues aux USA sur des canettes du thé colorées, le Snacking s’est fait remarquer en Angleterre , en France avec les canettes colorisées  de  Lipton et bien évidemment  avec celles de Coca ou de  Pepsi ; dernièrement l’Anglais Marc Jacobs a sorti 3 bouteilles de coca light à l’image de la femme des 3 dernières décennies : nœud papillon rebelle, hirondelles, pois multicolores et logos pétillants la femme s’assume pleinement. Pour information, Perrier fête ses 150 ans, et comme  Warhol avait en 1983 ajouté sa note pop sur les canettes de Perrier, aujourd’hui en 2013 les bouteilles et canettes de cette eau pétillante  sont relookées en se  Warholisant. Le Street « quitte »  véritablement  la rue  quand  les jeunes streeters ont  l’idée  de recouvrir cahiers, mugs ou autres objets du quotidien  avec du scotch et de gommettes flashis .  Difficile alors, d’ignorer les  Graftoys , les « Papertoys » découpes de papier, de carton,  parfois customisées et souvent très recherchées . Paperstoys et Toys, font évidemment  partie de l’imaginaire des designers du Street , ainsi Jon Know propose ses petits personnages en vinyle, mi-homme, mi- animal aux couleurs édulcorées et posées à la main ; certains Toys sont peu connus : les Droplets accompagnés de messages tendres,  aux couleurs de doux bonbons : les Swizzels Matlow ; ces minis toys tout en rondeur, on les nomme « gouttelettes »  sont  fabriqués en Angleterre par JamFactoty , les EvilStkaters Booter de Touma sont 12 petits monstres qui peuvent créer de la peur dans votre maison tandis que  les Trexi Msm  œuvres d’un mix d’artistes sont parfois si mystérieux qu’ils nous font vivre dans l’étonnement proche d’une naissance philosophique.  André « sous l’impulsion de Mr A » propose dans ses Black Block( ses galeries) en plus de « toiles »   des vêtements et surtout des personnages pouvant égayer nos salons :  ses « Love graffitis », deviennent des personnages  de plastique noir, en 3 D  et toujours fidèles au haut de forme ,au trait rose ainsi qu’à l’étrangeté des yeux . Mr A, cet  artiste qui aime vivre de nuit,  emprunte  et offre le nom de « Nabaztag » à son lapin rose ,le premier Toy-graffiti  communicant ; Nabaztag a le  corps qui palpite  en une centaine de couleurs, bouge les oreilles, lit les e-mails , clame un message d’amour : « Vivez mieux avec un lapin ». Mist  en exposant  dans la Galerie du Jour d’Agnès B des brumisateurs à 3 ou  5 têtes, des diffuseurs…  montre qu’il aime lui aussi créer ses propres toys  et a acquis son label « Bonus Toys »: ainsi sa série des « Lucius » ,le phénomène Néron aux lignes fluides, aux postures originales, aux yeux qui louchent et aux oreilles pointues, ne laisse personne indifférent. Certains  ArtToys  sont limités  donc très chers, c’et le cas d’un grand Toy en bois signé  Kaws ; deux autres « Toys men «  Lazarini et SKaws offrent leurs « OriginalFake » des Toys ayant subi des « modifications-déformations » qui sont  du plus bel effet, pour le plaisir de nos yeux

  En se promenant dans les rues de Paris, ou d’autres villes assez grandes, on ne peut plus ne pas remarquer les œuvres des streemen .  Personnages seuls ,en couples ou en tryptiques, des fleurs, des anges, des animaux en particulier des chats et…d’autres représentations. Tous sont peints sur les murs, les portails, souvent très en hauteur, près des toits ; Dessins, diverses formes peintes par les streetmen, colorent la ville et la rendent joyeuse.

Qui sont donc ces nouveaux artistes qui font des rues une galerie à ciel ouvert ? Des altruistes en quête non de gloire, mais d’une simple place dans le circuit artistique, des rebelles, des poètes ou de doux rêveurs ? Il faut être un peu de tout cela pour se livrer à ces expressions libres, un brin sauvages, souvent illégales. Il faut intriguer, interroger, offusquer et savoir, en épicuriens, se servir des murs comme de cimaises avec sincérité et spontanéité. Recherches  ou  simples passe-temps  ? Reconnaissons que le coté illégal, osons dire sauvage met nos streetmen hors des sentiers battus , et les plonge dans le mystère de ce qui est illicite .

Le street art a une fonction autre celle de décorer  tout en étant source de rêves ; en dépassant les clivages de toutes sortes, il s’offre à nos yeux gratuitement et démocratise l’art. Ces œuvres street sont vecteurs d’échanges entre les hommes : vecteurs d’idées, dialogues artistiques, messages imagés de toutes sortes. Tous les streemen  ont une raison de faire des murs de la ville plus qu’un chevalet, des rues plus qu’une galerie d’étrangetés, il veulent faire réfléchir en souriant . N’oublions pas d’entrer dans certaines galeries qui ont offert leurs murs au street art. Espérons que cela perdure et gagne en intensité comme en qualité afin d’exacerber la sensibilité du grand public tout en permettant aux artistes de garder leur fraicheur originelle ! Il est déjà loin le temps où un Blek le Rat, une Miss Tic…oeuvraient de nuit et en cachette. A présent les vernissages sont à ciel clair.

L’art urbain a trouvé « sa légitimité » à travers l’engouement récent: on ose  dire : c’est tendance ! G Klimt disait « A chaque siècle son art, à l’art sa liberté. » Depuis plus de quatre décennies « il est interdit d’interdire », alors au travers de petites gommettes rouges, d’ immenses murs en passant par de bizarres mosaïques,  essayons d’acquérir comme le désirait G de Chirico « l’art de vivre le monde comme un immense musée »… d’étrangetés

Une question se pose le street art commence t-il à tourner en rond ; plusieurs fois il s’est réinventé diversifié. On peut citer le passage à la 2D puis à la 3D dont l’américain Mark Jenkins est le brillant représentant  : quand il conçoit des mannequins plus vrais que nature, moulés sur son corps il les place sur un toit, en pleine rue ou  dans des positions dérangeantes : il déboussole le spectateur c’est la vraie vocation du street art ! Pour répondre aux gigantesques fresque, l’anglais Slinkachu propose des micro- installations que l’on peut voir grâce à la photographie.

Du très grand, du très petit, du mis en volume, des détournements de publicités , des QR à charger sur les smartphones,  des reverse ou graffitis à l’envers, on bombe, on joue du pochoir , on troue le béton, on projette des vidéos,  les «  murs »  nous offrent  des animaux ou réels ou étranges et envoûtants des personnages ambigus, c’est l’héritage du pionnier Ernest Pignon-Pignon .Les artistes de rues offrent à tous un musée planétaire que le virtuel nous permet de connaître et d’apprécier 

Il me reste à vous envoyer ces quelques pages en la confiant à une boite à lettres jaune flamboyant, égayée par un C215, une petite fille au regard pensif quémandant aux regards des autres plus de hauteur et plus de détachement.

     

 

 

 

 

 

 

 

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3 réflexions au sujet de « Cris de la rue     ou     l’art crie la rue »

    1. les murs d’Athènes parlent vraiment et oui ils crient …ils sont très intéressants à la fois par leurs thèmes et leurs couleurs. Le street art est vraiment l’art de notre époque..il évolue et offre de belles réussites…bravo aux athéniens

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